L’IA à l’école : quels effets sur l’apprentissage et la pensée critique ?

Dernière mise à jour : 27 août
Par Laurence Renaud
Les modèles d’intelligence artificielle générative (IAG), comme ChatGPT, se sont rapidement imposés dans les milieux scolaires. En quelques années, ils ont bousculé des façons bien établies d’enseigner, d’apprendre et d’évaluer les travaux, suscitant à la fois enthousiasme et inquiétude dans le milieu de l’éducation.
Mais concrètement, quels dangers l’IAG pose-t-elle dans les écoles, et vers quelles ressources le personnel enseignant peut-il se tourner pour mieux s’y adapter ?
Les dangers de l’IAG : esprit critique et dépendance

Certaines études soulèvent des préoccupations importantes. Par exemple, une étude du MIT [1] a montré que les membres d’un groupe utilisant l’IAG lors d’une tâche de rédaction présentaient une connectivité cérébrale plus faible que les membres des autre groupes, ayant accès à des moteurs de recherche ou uniquement à leurs connaissances, indiquant un engagement cognitif réduit chez les utilisateur·rice·s de l’IAG.
Dans le même ordre d’idées, une étude de la Swiss Business School [2] associe l’usage fréquent de ces outils à une plus grande décharge cognitive, soit une délégation accrue de certaines tâches mentales à l’outil.
Ce constat est préoccupant, puisque l'apprentissage repose sur l'effort. En déléguant une partie de cet effort à l'IAG, les élèves risquent de réduire les apprentissages qui découlent normalement de la réalisation des tâches. À long terme, ce déficit pourrait s'accumuler tout au long du parcours scolaire et nuire au développement ainsi qu'au maintien de certaines capacités cognitives. Fait intéressant: l’auteur observe également que les utilisateur·rice·s âgés de 17 à 25 ans affichent à la fois une dépendance accrue envers ces outils et des scores de pensée critique plus faibles que les utilisateur·rice·s plus âgés (>46 ans).
Préoccupations du corps professoral
Ces constats peuvent légitimement inquiéter le personnel enseignant, d’autant plus que plusieurs membres du corps professoral doivent composer avec ces outils sans avoir reçu la formation nécessaire. À l’Université Laval, une étude sur l’utilisation de l’IAG par le personnel enseignant montre que 60,6 % des personnes répondantes expriment des préoccupations éthiques et que 45,8 % se disent préoccupées par le manque de formation, alors même que 45 % utilisent régulièrement ces outils dans leurs activités d’enseignement [3]. Des conseillères et conseillers pédagogiques de cette université soulignent la grande variabilité des niveaux de compréhension de ces outils au sein du personnel enseignant et indiquent offrir des formations aux personnes qui ne se sentent pas suffisamment outillées [4].
Comment mieux encadrer l’IAG en contexte scolaire ?
Dans ce contexte, l’objectif n’est pas de rejeter l’IAG, mais de mieux l’encadrer. Se former à l’usage de l’IAG permettrait justement de réduire ses effets négatifs potentiels et de mieux distinguer les situations où elle peut alléger la charge de travail de celles où elle risque de remplacer un effort intellectuel essentiel. Parmi les pistes proposées, on retrouve l’utilisation de l’IA pour des tâches à faible enjeu cognitif (p. ex., la relecture grammaticale), le maintien de certaines activités sans IA afin de consolider les compétences de base (p. ex., l’analyse ou la résolution de problèmes), ainsi que l’adoption de balises claires quant à son usage [5]. Le guide du gouvernement du Québec destiné au personnel enseignant [6] offre d’ailleurs des repères concrets sur les plans pédagogique, éthique et légal, et comprend des pistes de réflexion ainsi que des recommandations pour adapter les méthodes d’enseignement et d’évaluation des apprentissages.
Bibliographie
[1] Kosmyna, N. (2025). Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task. MIT Media Lab. En ligne
[2] Gerlich, M. (2025). AI Tools in Society: Impacts on Cognitive Offloading and the Future of Critical Thinking. Societies, 15(1), 6. En ligne
[3] Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia). (2025). Portrait de l’utilisation de l’IAgen par le corps professoral et enseignant de l’Université Laval. En ligne
[4] Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia). (2025). ChatGPT à l’école des sorciers – IA, enseignement et pédagogie universitaire (Épisode 113). [Balado]. En ligne
[5] Collimateur – Veille pédagonumérique. (2025). Impact de l’IA générative sur la « pensée critique ». UQAM. En ligne
[6] Gouvernement du Québec. (2026). Documents et outils de référence portant sur l’intelligence artificielle. En ligne



